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La dualité et l'extrémisme

 

On m'a souvent demandé d'écrire sur ce qui se passe dans notre pays. J'ai longtemps voulu le faire, en portant un regard analytique sur les événements. Pourtant, ma formation en sciences du langage m'impose une certaine rigueur. J'ai besoin de cohérence et de logique. Or, beaucoup de ce qui se passe aujourd'hui sur le plan politique semble défier cette logique. Les événements paraissent parfois si contradictoires qu'ils résistent à toute tentative d'analyse approfondie. Je me retrouve alors à ne pouvoir qu'effleurer la surface des choses.

 

Cette situation me fait penser au football. Prenons l'exemple de Zidane, dont tout le monde connaît le dribble favori, sa fameuse roulette. Les défenseurs savent qu'il va le tenter. Ils savent à quel moment il est susceptible de le faire, comment il le réalisera et s'y préparent minutieusement. Pourtant, lorsque le joueur arrive face à eux, il exécute exactement le même geste... et réussit toujours à les éliminer.

 

La politique donne parfois cette même impression.

 

Pendant des années, on nous a répété que le duo à la tête du pays ne se séparerait jamais. On disait qu'il était différent des autres. Nous connaissions pourtant l'histoire : nous avions vu d'autres binômes se former puis se déchirer. Nous avions analysé les raisons de ces ruptures, les mécanismes qui les rendaient presque inévitables. Nous pensions donc être préparés. Et pourtant, lorsque le moment est arrivé, la séparation s'est produite, comme si, malgré toute notre lucidité, nous avions été surpris.

 

Mais au-delà de cette question politique, un autre sujet me semble plus préoccupant : celui de l'extrémisme. Il ne faut pas craindre la dualité. Au contraire, elle est une réalité constitutive de l'existence. C'est cela que je comprends quand je lis : « Wa min kulli shay'in khalaqnā zawjayni » — « Et de toute chose, Nous avons créé un couple (une dualité). » (Quraan 51:49). La dualité est inscrite dans l'ordre du monde. La diversité des opinions, des sensibilités, des visions politiques ou spirituelles est naturelle. L'essentiel est, avanr de se ranger, de ne pas refuser de regarder tous les angles, motifs et analyses avec toute la logique dont nous sommes capables.

 

La dualité a toujours existé. Elle existera toujours. Ce n'est pas elle qui menace nos sociétés. Ce qui les menace, c'est notre incapacité à accepter que cette dualité fasse partie de l'ordre naturel des choses. Chacun, chacune devrait plutôt prier de se trouver du côté qui lui sied le mieux, de ne prendre position qu'après avoir choisi en connaissance de cause, par réflexion et par ressenti, et de ne jamais décider les mains liées ou sous l'emprise de la haine.

 

Le véritable danger ne réside pas dans la différence, mais dans l'extrémisme. L'extrémisme enferme chacun dans son propre camp. Il pousse à considérer ceux qui pensent autrement non plus comme des interlocuteurs, mais comme des adversaires, voire des ennemis. C'est cette logique qui détruit progressivement le dialogue et rend impossible toute coexistence.

 

Poussée à son paroxysme, cette vision peut conduire aux pires dérives. C'est elle qui nourrit la conviction qu'il faudrait éliminer toute personne qui ne partage pas notre foi, notre idéologie ou notre engagement politique. C'est cette même logique qui a alimenté, à travers l'histoire, les formes les plus violentes de fanatisme.

 

 
 
 

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