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Langage et légitimité politique : une lecture sémantique

La question qui se pose  autour des termes « Kiiraay » et « Kiirlaay » rappelle plusieurs épisodes linguistiques et politiques que le Sénégal a déjà connus. On peut penser à cèddo/cedo (Senghor, Cheikh Anta Diop, Ousmane Sembène), à sopi/sòppi (Senghor et Wade), ou encore à rewmi (cf. réew mi) (Wade et Idrissa Seck).

Les mots « Kiiraay » et « Kiirlaay » procèdent de la même racine verbale, Y-R/K-R, qui renvoie à l'idée de protection et de séparation . En wolof, l'alternance consonantique entre Y et K est un phénomène linguistique attesté. À partir de cette racine se sont développées deux formes substantives.

 

 

Or, ces deux formes ne véhiculent pas la même valeur sémantique. Les spécialistes s'accordent pour reconnaître que « Kiiraay » possède, dans son sémantisme et dans son usage, une connotation négative, tandis que « Kiirlaay » a un sémantisme positif.

Après ce faux pas manifeste, la réussite de cette nouvelle formation politique pourrait se mesurer, au moins linguistiquement, à sa capacité, avec le temps, à modifier la perception collective de ce terme, jusqu'à ce que les sèmes négatifs s'effacent au profit de sèmes positifs. Le temps nous le dira.

 

 

Cet épisode-ci rappelle, une fois de plus, l'importance fondamentale de la langue dans la construction des sociétés. La langue n'est jamais un simple moyen de communication : elle est un instrument de pouvoir, de mémoire et d'identité. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, dans leur entreprise d'assimilation, les colonisateurs français ont fait de la langue l'un de leurs premiers instruments de domination. Ils avaient compris qu'agir sur la langue, c'était aussi agir sur les représentations, les imaginaires et, à terme, sur les sociétés elles-mêmes.


 
 
 

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