N’diaye ou Ndiaye ?Voyelles nasales et consonnes prénasalisées : chaque langue a sa propre logique
- Dalla Male Fofana
- 6 août
- 3 min de lecture
Chaque langue possède son propre système sonore. Certains phénomènes sont partagés par plusieurs langues, tandis que d’autres leur sont plus spécifiques.
Le français, par exemple, possède des voyelles nasales, comme dans bon, blanc, vin. Lors de leur articulation, une partie de l’air passe par les fosses nasales. Le portugais connaît également une nasalité vocalique importante. Le français possède aussi des sons absents de nombreuses langues, comme le "u" (/y/) de tu, rue, vu.
Une autre réalité : la prénasalisation
Dans plusieurs langues africaines, notamment en wolof, on rencontre un autre phénomène : les consonnes prénasalisées.
Il faut distinguer deux réalités :
· voyelle nasale : la nasalité porte sur la voyelle ;
· consonne prénasalisée : une phase nasale précède immédiatement l’articulation de la consonne.
En wolof, on rencontre ainsi des formes comme mb, nd, ng, nj. Pour un locuteur qui n’y est pas habitué, la difficulté consiste à produire la nasalité et la consonne dans un même mouvement articulatoire, sans introduire artificiellement une voyelle.
Mais il faut insister sur un point : mb, nd, ng ne sont pas des bricolages articulatoires. Ils appartiennent pleinement au système phonologique du wolof.
N’diaye ou Ndiaye ?
Dès lors, une question orthographique se pose : pourquoi séparer parfois la nasale de la consonne suivante par une apostrophe ?
Prenons Ngom. On ne l’écrit généralement pas N’gom. Pourquoi faudrait-il alors écrire N’diaye plutôt que Ndiaye, si nd correspond à une réalité de la langue ?
L’apostrophe peut donner l’impression qu’il existe une rupture entre deux éléments qui, dans la langue, fonctionnent ensemble.
Sortir du réflexe orthographique français.
L’usage de l’apostrophe peut être influencé par les habitudes du français, où elle sert notamment à marquer l’élision : l’homme, l’enfant, j’arrive.
Mais les langues africaines ne devraient pas être écrites à partir de la seule logique orthographique du français. Il faut partir de leurs propres sons, de leurs structures syllabiques et de leur organisation phonologique.
Le cas d’Embalo permet également d’observer comment un locuteur peut adapter un mot étranger à ses propres habitudes articulatoires. Lorsqu’une combinaison de sons lui est inhabituelle, il peut introduire une voyelle pour en faciliter la prononciation : c’est le phénomène d’épenthèse vocalique.
L’oreille apprend.
Le patronyme vietnamien Nguyen, bien que relevant d’un système phonologique différent, offre une comparaison intéressante. Dans des pays comme le Canada, sa fréquence a familiarisé de nombreux locuteurs avec une forme qui pouvait initialement leur sembler difficile.
L’oreille apprend, et l’appareil articulatoire apprend avec elle.
Une prononciation n’est donc pas difficile parce qu’elle serait nécessairement « imprononçable ». Elle peut simplement être étrangère à nos habitudes linguistiques.
Respecter la logique de chaque langue.
Lorsqu’un nom comporte Mb-, Nd-, Ng- ou une structure comparable, la solution ne devrait pas consister à modifier systématiquement son écriture pour la rendre plus familière aux locuteurs du français. Il faut aussi apprendre à prononcer les langues telles qu’elles sont.
Adapter constamment l’écriture à celui qui ne sait pas encore prononcer revient à inverser la logique : ce n’est plus le locuteur qui apprend la langue, c’est la langue que l’on transforme pour l’adapter au locuteur.
Derrière la question apparemment simple « N’diaye ou Ndiaye ? » se pose donc une question beaucoup plus fondamentale :
Devons-nous écrire et prononcer nos langues selon leur propre logique, ou continuer à les regarder à travers les lunettes phonologiques et orthographiques d’autres langues ?





Bonjour Mr Fofana vs allez bien gesper et votre sèjour sa se passe bien N'diiaye se prononce N +diaye Ndiaye se prononce Ndiaye tout court