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L’agyrophobie à la dakaroise

  Je ne savais pas qu’il existait un mot

Pour désigner la peur de traverser les rues.

 

Si ce mot n’avait pas été, je crois que je l’aurais inventé, tant cette situation peut être une condition, avec ses symptômes, ses manifestations et tout ce qui va avec. Après vérification, le mot existe bel et bien : l’agyrophobie ou dromophobie, la peur de traverser une rue ou de se confronter à la circulation routière. Mais une question demeure : a-t-on pris en compte ce qui existe à Dakar lorsqu’on a défini l’agyrophobie ? Parce qu’à Dakar, traverser certaines rues n’est pas toujours un simple déplacement d’un trottoir à l’autre. C’est parfois tout un art, une stratégie et, il faut bien le dire, une petite épreuve de courage.

 

Parce qu’ici, traverser une rue relève parfois moins du déplacement piétonnier que de la stratégie. Il faut observer. Calculer. Anticiper. Regarder à gauche, à droite, puis encore à gauche — tout en gardant à l’esprit qu’un véhicule peut surgir précisément de l’endroit d’où, selon toute logique, aucun véhicule - ou un tchack tchack - ne devrait surgir.

 

Il faut évaluer la vitesse des voitures, interpréter les intentions des chauffeurs, surveiller les jakartas et ne surtout pas considérer le passage piéton comme une garantie métaphysique de protection.

 

Puis arrive le moment décisif. Se lancer. À cet instant, traverser devient presque un acte de foi. On avance de quelques mètres. On s'arrête. Une voiture passe devant. Une autre derrière. On reprend sa progression. Parfois, on se retrouve au milieu de la chaussée dans cette position étrange où retourner en arrière paraît aussi dangereux que continuer.

 

Et c'est là que l'on comprend que traverser certaines rues de Dakar est tout un art. Il faut du courage, certes. Mais surtout une compétence qui s'acquiert avec l'expérience : savoir lire la circulation comme on lit un texte. Les voitures sont les mots. Les motos, les parenthèses imprévues. Les klaxons constituent la ponctuation. Et le piéton doit comprendre la phrase avant qu'elle ne lui passe dessus. À force de pratique, peut-être finit-on par ne plus avoir peur.

 

Ou peut-être devient-on simplement un excellent lecteur de Dakar.

 

 

 


 
 
 

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