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L’INTELLECTUEL, EN QUESTION


Une petite mise au point au sujet du mot intellectuel.


Si l’on adopte une approche linguistique, le terme intellectuel est lié à l’intellect, à l’intelligence et à l’intelligibilité, autant dans la réception (compréhension) que dans la production (expression). Nous pourrions alors dire qu’un intellectuel est toute personne dotée de bon sens. Or, « le bon sens est la chose la mieux partagée » dit-on. Cela signifie-t-il que tous les êtres humains sont des intellectuels ?


Pas tout à fait. Par exemple, tous les êtres humains sont capables de fournir un effort physique, mais seuls ceux qui entraînent réellement leur corps, développent leur endurance et leur souplesse seront qualifiés de sportifs. De la même manière, tout être humain possède un intellect, mais encore faut-il exercer cette faculté pour devenir véritablement un penseur ou un intellectuel.


Nous semblons généralement être d’accord sur ce point.


La véritable question devient alors la suivante : devient-on intellectuel uniquement lorsqu’on a aiguisé son esprit à travers certaines disciplines jugées académiques, occidentales, comme la philosophie, les mathématiques ou les sciences, et dans des langues considérées comme des langues d’élite ? C’est précisément là que se situe une grande confusion.


L’intelligence se développe dès lors que l’on entraîne sérieusement son esprit, peu importe le domaine dans lequel cet entraînement se fait. L’essentiel réside dans la rigueur, la profondeur et la constance de cet exercice.


À ce titre, la pratique de certains textes constitue un excellent exercice pour le développement de l’intellect. Le corpus coranique, par exemple, par sa structure et sa complexité, représente un entraînement cognitif considérable. Ce genre de texte fonctionne presque comme un immense labyrinthe de passages, de ressemblances, de bifurcations et de liens internes. Mémoriser un tel texte demande un effort mental considérable et développe nécessairement les capacités cognitives, la mémoire, l’attention ainsi que l’agilité intellectuelle.


Le problème qui se pose alors est que ceux qui se sont longuement frottés à ce type de textes — ou plus largement à des corpus ésotériques et complexes — développent parfois une certaine distance, voire un mépris, à l’égard du monde matériel et concret, à tort ou à raison.


Lorsqu’après avoir fréquenté et maîtrisé de telles ressources, ils choisissent malgré tout de s’ouvrir au monde matériel, de s’impliquer dans les problèmes de la cité et dans les enjeux concrets de la société, alors ils deviennent des penseurs et des dialecticiens particulièrement redoutables. Peu pourront rivaliser avec un esprit qui combine à la fois profondeur intellectuelle, discipline mentale et compréhension des réalités sociales et politiques.



 
 
 

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