DES BAS DU DISCOURS POLITIQUE PUBLIC
- Dalla Male Fofana
- 30 avr.
- 2 min de lecture

Par manque de temps, mais aussi par souci de me préserver des nombreuses dérives qui traversent aujourd’hui le discours politique public au Sénégal, il m’arrive inévitablement de passer à côté de certaines prises de parole significatives. J’ai ainsi, récemment, pris connaissance d’un extrait des propos de la députée Anta Babacar et de la réplique que lui a adressée son homologue Maïmouna Bousso.
Il me semble essentiel de rappeler que prendre la parole en politique constitue un acte d’engagement et suppose un choix des mots. En l’occurrence, l’intervention évoquée laissait entendre que la loi récemment adoptée autour de l’éligibilité des citoyens condamnés aurait été conçue sur mesure pour un individu précis, en l’occurrence M. Sonko. En français, une telle idée se traduirait par des expressions comme « taillée sur mesure », relevant du registre vestimentaire. On pourrait parler de chaussures, de costumes, etc.
En wolof, elle aurait pu recourir à des termes tels que mbaxana (bonnet) ou kaala (turban), qui peuvent être neutres ou même valorisants. Par contre, le choix lexical s’est porté sur le terme caaya, porteur de connotations nettement plus problématiques. Ce choix lexical, à dessein ou non, n’est pas neutre et participe à la charge implicite du propos. Dès lors, la réaction suscitée est à l’avenant.
Ce qui interpelle davantage, c’est la nature même de cette prise de parole. Un tel niveau d’attaque, particulièrement sur le plan symbolique, surprend d’autant plus lorsqu’il émane d’une femme investie d’une fonction dite honorable. Il s’agit ici moins d’établir une distinction entre hommes et femmes que de souligner l’écart entre la posture attendue et le registre effectivement mobilisé.
Ce type d’intervention montre à quel point le débat public mérite d’être rehaussé, tant dans sa forme que dans son contenu. J’ai le sentiment d’avoir déjà formulé l’essentiel de ce que j’avais à dire, réflexions consignées dans mon ouvrage Lignes de mire.




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