top of page
Rechercher

L'envers du pouvoir



"L'envers du pouvoir réside

Dans les contours du discours"


Chers lecteurs, chères lectrices, permettez encore, — et je m'excuse de nouveau auprès des étudiants —, que pour des raisons de vulgarisation, je doive utiliser le terme « discours » à la place d'être plus précis en disant « texte » ou « propos ». Mais c'est pour la bonne cause. Je veux que les gens me comprennent.


Ce texte est une continuité de la réflexion appelée « le roi fou » dans mon ouvrage Lignes de mire. Il s'agit d'une condition qui guette les individus qui vivent des situations extrêmes. Je l'appellerai la folie ou la maladie du pouvoir, car elle affecte plus les personnalités très haut placées, et finit par faire d'elles des victimes.


La plupart du public ne connaît ou ne reconnait la paranoïa que sous sa phase finale, c'est-à-dire quand le sujet atteint un niveau critique où il devient colérique et hystérique. Mais il existe une autre phase qui survient avant cette étape critique. Une « aliénation » plus douce: la personnalité en question est moins agressive et semble beaucoup plus équilibrée. Et pourtant, à ce stade-là déjà, elle vit seule sur sa propre planète. En d'autres termes, elle est enfermée dans son propre raisonnement, dans son propre univers et les gens qui craignent sa réaction lui disent ce qu'elle attend et veut (ou peut) entendre. Et, de ce fait, elle a l'impression que le monde fonctionne à merveille, à sa manière puisque/parce qu'elle ne reçoit jamais un autre point de vue.


Entendre une contradiction provoque chez elle un choc profond. Cette contradiction qui survient trop tard bien souvent sera d'autant plus difficile à supporter. L'idéal, le bon, aurait été qu’elle entende de temps en temps, à petites doses, que le monde n'est pas seulement noir ou blanc. Le silence la conforte dans ses représentations.


Dans la phase finale, celle la plus connue, les choses deviennent beaucoup plus intenses. La personne a l'impression que l'univers entier conspire contre elle. Si je devais utiliser une image, ce serait celle d'un maçon qui utilise un instrument de mesure biaisé pour mesurer l'horizontalité du sol. Il mobilise tout son effort et toute son intelligence pour obtenir le meilleur résultat possible. Il a de très bonnes intentions pour de très bonnes inventions. Mais l'instrument qu'il utilise lui ment puisqu'il est tordu. S'il avait eu l'intention de truquer les mesures et s'était fait attraper, il aurait probablement accepté les faits et les remarques de manière ouverte - ou intimes. Cependant, étant sincère dans son approche, il a du mal à accepter qu’il se soit fourvoyé. Il est convaincu que l’instrument qu’il utilise est juste, et ne se rend pas compte que celui-ci n’est pas droit.


C'est exactement ce qui se passe avec la personne PARAnoïaque : elle ne voit pas que son raisonnement est une ligne PARAdoxale, qui est PARAllèle au monde -DOXA - des autres (les lignes parallèles ne se touchent jamais, n'est-ce pas?). Si une personne dotée d'une certaine stature dit qu'elle ne reconnaît pas la couleur rouge, comme on a eu à l'entendre dans l'histoire du Sénégal, par exemple, puisque le rouge symbolise une barrière, j'aurais préféré que cette personne ne soit pas sincère, qu'elle soit en train de bluffer, de dérouler une manœuvre politique. Mais si elle a effectivement raison, et qu’elle ne voit factuellement pas cette couleur en question, alors bel et bien, elle est atteinte de la condition.


Et malheureusement, comme pour le cas le plus tragique des "grands" de ce monde, et surtout du continent africain, elle risque de ne percevoir, de ne ressentir, de ne reconnaître le rouge que finalement à travers le reflet de son propre sang exposé.

 

 

 
 
 

Commentaires


bottom of page