top of page
Rechercher

L'empire des apparences


Qui veut  faire voir

Au peuple la vie en bleu, 

Bien mieux que tenter de peindre 

Le paysage aux couleurs des cieux. 

Leur fait pendre aux yeux

Des lunettes aux teintes d'azure 


La vie repose, en grande partie, sur un tissu de perceptions. Nos pensées, nos choix, nos jugements et même nos croyances les plus profondes naissent et s'organisent et s'affaissent à travers ce prisme. La vie serait donc composée d’un enchevêtrement d’envies et d’avis, tous construits à partir d’un socle commun : les sensations et la perception. Ce regard que nous portons sur le monde conditionne notre manière de penser, d’agir et même de croire.


Deux individus peuvent percevoir de manière totalement différente une même réalité. Les divergences d’opinion, parfois extrêmes, naissent moins souvent d’un défaut de logique que d’une divergence de perspective. Dans un tel cas, minimiser l’importance de la communication, du dialogue ou du regard porté par autrui sur une situation, est risquer de passer à côté de la réalité vécue par l’autre.


Lorsqu’un individu foncièrement positif, bienveillant, est perçu négativement par son environnement social, cette perception finit — à tort ou à raison — par influencer son image. Dans la société où nous vivons, l’identité sociale d’une personne n’est pas tant ce qu’elle est, mais ce qu’elle est perçue être. Ainsi, même les meilleures intentions peuvent être réinterprétées et retournées contre leur auteur.


Cette dynamique ne se limite pas aux relations interpersonnelles. Elle se manifeste à plus grande échelle. Les détenteurs d'influence ou les architectes de l’opinion savent que peindre la réalité n’est pas toujours nécessaire. Il suffit souvent d’en modifier la perception. Plutôt que de changer le décor, ils donnent aux populations des lunettes colorées : des discours, des récits, des symboles qui teintent la réalité.


Ce n’est pas la vérité objective qui compte, mais l’impression laissée. Ce glissement du réel vers le perçu peut-il être légitime s’il repose sur des intentions sincères, visant à protéger, à guider, à élever? Assurément, lorsque la motivation derrière ce filtre est malveillante, intéressée, nous bousculons l'éthique et basculons dans un autre registre : celui de la manipulation.


Ainsi, la perception devient un terrain d’enjeu, un espace de lutte symbolique. Elle n’est pas neutre. Elle est orientée, travaillée, parfois instrumentalisée. Et c’est justement parce que la perception façonne nos croyances, nos émotions, nos décisions — en somme, notre vie — qu’elle doit être interrogée, cultivée, protégée.


Refuser ce travail critique, c’est s’exposer à vivre dans une illusion, construite non par la réalité elle-même, mais par ceux qui choisissent les lunettes que nous portons.

 
 
 

Posts récents

Voir tout
Commentaire de la 1ere édition

Trouvez ci-dessous des commentaires de lecteurs, nous vous invitons à livrer vos impressions... . C’est avec plaisir que je me suis...

 
 
 

Commentaires


bottom of page