L’acte manqué : quand le discours révèle ce qu’il voulait cacher
- Dalla Male Fofana
- il y a 2 jours
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Selon une formule célèbre associée à Lacan, « l’acte manqué est un discours réussi ». Cette formule permet de réfléchir à un phénomène particulièrement intéressant dans la prise de parole : l’écart entre ce que le locuteur veut dire et ce que ses propos finissent malgré tout par révéler.
Lorsque nous prenons la parole devant un public, nous exerçons généralement un certain contrôle sur nos propos. Nous choisissons nos mots, nous les organisons, nous les plaçons dans un contexte précis et nous cherchons à orienter l’interprétation de notre auditoire. Autrement dit, nous construisons notre intervention avec une intention : nous voulons montrer certaines choses et en laisser d’autres dans l’ombre.
Mais ce contrôle n’est jamais absolu.
Sous l’effet de la pression, de l’émotion, de la fatigue ou simplement d’un moment d’inattention, un mot peut surgir à la place d’un autre, une formulation peut déraper, un lapsus peut se produire. Et parfois, ce qui apparaît dans ce petit « accident » du langage est précisément ce que le locuteur cherchait à ne pas montrer.
C’est là que l’acte manqué devient particulièrement intéressant : ce que nous considérons comme une erreur du point de vue de notre intention consciente peut devenir une réussite du point de vue de ce que le discours révèle.
Le lapsus, le faux pas verbal ou la formulation inattendue peuvent ainsi laisser apparaître l’envers du décor : une pensée, une représentation, une intention ou une tension que le discours officiel cherchait à maintenir hors champ.
Le public interprète. Il sélectionne. Il associe. Il compare avec ce qu’il sait déjà. Il entend parfois ce que nous n’avions pas prévu qu’il entende. Ainsi, dans toute prise de parole, il y a les mots que nous offrons et les significations que les autres construisent à partir de ces mots.
Nous pouvons donc contrôler notre intention, mais nous ne contrôlons jamais totalement la réception.
Le paradoxe de la prise de parole
Le locuteur veut montrer une image de lui-même, mais ses mots peuvent en laisser apparaître une autre. Il veut orienter l'interprétation, mais son auditoire peut produire une lecture différente. Il veut cacher certaines choses, mais un mot, un silence, une hésitation, un lapsus ou même une contradiction peut les rendre visibles.
Le discours comporte donc toujours une part de maîtrise et une part d'échappée.
Et c'est précisément dans cet espace entre ce que nous voulons dire et ce que nous finissons par dire, entre ce que nous montrons et ce que les autres voient, que l'analyse du discours trouve une matière particulièrement riche.





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